Je vais vous parler de deux villes qui n'existent plus, du moins leur nom...
Le pouvoir de nommer les lieux est en effet un instrument essentiel dans les politiques mémorielles menées par les gouvernements, à plus forte raison lorsqu'ils sont autoritaires ou totalitaires.
Anne Marin, auteur d'un
article très intéressant sur le site Regards de l'Est raconte ainsi que la
"carte urbaine de la Russie est un palimpseste comptant plus de noms nouveaux que de villes nouvelles: une ville sur trois a changé de nom au cours de l’histoire, certaines plusieurs fois."
Chaque régime a donc voulu laisser son empreinte dans la toponymie, empreinte régulièrement recouverte par une autre à chaque changement de régime. Intéressons-nous donc à deux exemples connus mais les cas sont très fréquents, et pas seulement en Russie.
De Sankt-Petersbourg à Leningrad et retour en passant par Petrograd...
La ville de Sankt-Petersbourg est fondée officiellement en 1703 par le Tsar Pierre le Grand. sur les rives de la Mer Baltique, tout près de la Finlande, alors posédée par l'ennemi suédois. Celui-ci la conçoit, à l'image de sa politique d'ouverture vers l'Ouest, comme un pont vers l'Europe. D'où le nom germanique, qui fait référence à l'apôtre Pierre. Elle devient la capitale dès 1712. Les Tsars successifs embellissent la ville dans les styles baroque et néoclassique [Photo : le palais de l'Ermitage. Source].
La Révolution de 1905 et les deux Révolutions de 1917 (février et octobre) ont pour cadre la ville impériale. Entre temps, la Russie est entrée en guerre en 1914 contre l'Allemagne au côté de la France et du Royaume-Uni. Logiquement, la ville a donc perdu son nom germanique. Sankt-Petersbourg est donc devenue Petrograd par simple russification du nom.
Avec l'arrivée au pouvoir des Blovcheviques, le nom de la ville apparaît trop directement associé à l'ancien pouvoir des Tsars et au christianisme. Moscou redevient d'ailleurs la capitale. C'est le début d'une "traversée du désert" pour la ville. A la mort de Lénine en 1924, Petrograd devient Leningrad, la "ville de Lénine".
Même si la ville incarne la résistance au nazisme pendant la Seconde Guerre mondiale, elle reste placée dans une position marginale par Staline. Le long siège qui dure pendant toute la guerre décime la ville. Je vous en reparle prochainement sur l'histgeobox à propos de la 7ème symphonie dite "Leningrad" de Dmitri Chostakovitch.
Il faut attendre la fin de l'URSS et l'avènement au pouvoir de Vladimir Poutine pour que la ville retrouve de son lustre.
Dès 1991, avant même la fin officielle de l'URSS, les habitants de la ville approuvent par référédum le retour à l'ancien nom. En septemebre 1991, Leningrad redevient Sankt-Petersbourg (la région conserve le nom de Leningrad).
Avec l'élection de Valdimir Poutine à la Présidence du pays, la ville retrouve des couleurs. Né à Leningrad, Poutine a fait ses classes dans la ville au sein du KGB. Dans les années 1990, il monte les échelons politiques et devient un personnage important de la municpalité avant de gravir les échelons à Moscou.
C'est sous sa présidence que la ville fête avec faste son tricentenaire en 2003. Une manière pour Poutine, sans renier la période soviétique, de glorifier également la Russie éternelle, celle des Tsars.
De Tsaritsyne à Volgograd en passant par Stalingrad
La ville de Tsaritsyne a été fondée à la fin du XVIème siècle à la confluence de la rivière Tsaritsa et du fleuve Volga, dans le sud de la Russie. Son nom signifie rivière jaune en langue tatare. très disputée pendant la guerre civile qui suit la Révolution russe, la ville prend le nom de
Stalingrad ("ville de Staline") en 1925 du vivant de Staline.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, la ville connaît d'intenses combats. entre août 1942 et février 1943. C'est un des tournants de la guerre. Les Allemands s'en emparent après un siège ponctué de combats intenses dans les rues (photo ci-contre). La contre-attaque soviétique au cœur de l'hiver a ensuite raison des troupes allemandes encerclées. Von Paulus se rend malgré les ordres d'Hitler en février 1943.
Après la mort de Staline, khrouchtchev lance la déstalinisation au XXème Congrès du Parti Communiste. Une des conséquences est le changement de nom de la ville. En 1961, elle devient
Volgograd ("ville de la Volga") qui est le nom de la forteresse de la ville du temps des Tsars. Cette décision fait débat et jusqu'à aujourd'hui plusieurs projets de retour au nom de Stalingrad ont été envisagés, notamment en 1984 sous Tchernenko.
Autres exemples parmi beaucoup d'autres :
- Nijni-Novgorod, rebaptisée Gorki de 1932 à 1991
- Samara est rebaptisée Kouïbychev de 1935 à 1990
- Perm devient Molotov en 1940 puis redevient Perm en 1957
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