L'avenir "suspendu" du Royaume-Uni
Une élection sans vainqueur ?
Le mot de l'année au Royaume-Uni pourrait bien être "suspendu" (hung). Pour la première fois depuis 1974, l'élection des députés à
la Chambre des Communes aboutit à l'absence de majorité absolue pour un seul parti. C'est donc un hung parliament, un "parlement suspendu". Même si les Conservateurs de David Cameron arrivent en tête avec 36 % des voix, ils n'obtiennent que 306 sièges alors qu'il leur en fallait au moins 326 pour obtenir la majorité absolue. Bien sûr, ils ont réussi à écarter le pire en évitant d'avoir plus de voix mais moins de sièges que leurs adversaires travaillistes (comme ce fut le cas en 1974), mais ils doivent désormais obtenir le soutien d'un ou plusieurs autres partis pour gouverner. L'hypothèse d'une grande coalition à l'allemande entre Conservateurs et Travaillistes est hautement improbable. Les Conservateurs se tournent donc naturellement vers le troisième parti, les Libéraux-Démocrates de Nick Clegg, un temps donné devant les Travaillistes dans les sondages (notamment après le premier débat télévisé) et qui réalisent finalement un score décevant de 23 % (un point de plus seulement qu'en 2005). Ce score ne leur permet d'obtenir que 57 sièges. Les Travaillistes, dirigés jusqu'à aujourd'hui par le Premier Ministre sortant Gordon Brown, limitent la casse par rapport à la défaite annoncée depuis longtemps avec 29 % et 258 sièges (moins 6,2 %). Tant qu'aucune coalition n'est mise en place, Gordon Brown demeure Premier Ministre.
la Chambre des Communes aboutit à l'absence de majorité absolue pour un seul parti. C'est donc un hung parliament, un "parlement suspendu". Même si les Conservateurs de David Cameron arrivent en tête avec 36 % des voix, ils n'obtiennent que 306 sièges alors qu'il leur en fallait au moins 326 pour obtenir la majorité absolue. Bien sûr, ils ont réussi à écarter le pire en évitant d'avoir plus de voix mais moins de sièges que leurs adversaires travaillistes (comme ce fut le cas en 1974), mais ils doivent désormais obtenir le soutien d'un ou plusieurs autres partis pour gouverner. L'hypothèse d'une grande coalition à l'allemande entre Conservateurs et Travaillistes est hautement improbable. Les Conservateurs se tournent donc naturellement vers le troisième parti, les Libéraux-Démocrates de Nick Clegg, un temps donné devant les Travaillistes dans les sondages (notamment après le premier débat télévisé) et qui réalisent finalement un score décevant de 23 % (un point de plus seulement qu'en 2005). Ce score ne leur permet d'obtenir que 57 sièges. Les Travaillistes, dirigés jusqu'à aujourd'hui par le Premier Ministre sortant Gordon Brown, limitent la casse par rapport à la défaite annoncée depuis longtemps avec 29 % et 258 sièges (moins 6,2 %). Tant qu'aucune coalition n'est mise en place, Gordon Brown demeure Premier Ministre.David Cameron a su, contrairement à plusieurs de ses prédécesseurs à la têtes de Tories, devancer les Travaillistes. Mais il n'obtient pas la majorité absolue. Son accpetation d'un débat à trois incluant le jeune et fringant Nick Clegg (parfois comparé à Obama) lui a sans doute été préjudiciable. Cameron s'était jusque là concentré sur son adversaire travailliste. Il est indéniable que Clegg a réussi à montrer que Cameron n'était pas le seul à incarner le changement.
Quelle géographie électorale ?

Les grandes tendances des scrutins précédents n'ont pas été fondamentalement remises en cause. L'Angleterre, en particulier dans le Sud, donne une majorité absolue de sièges aux Conservateurs (297 sur 533 pour 39,6 % des voix), tout comme les campagnes et les espaces périurbains. Les grandes villes votent plutôt travailliste,
surtout si elles ont une tradition industrielle (Nord-Est et Nord-Ouest). Le Grand Londres reste majoritairement rouge dans une mer bleue (la carte de la BBC ci-contre est saisissante) même si le Labour perd 6 sièges au profit des Tories. Le centre et l'Est de l'agglomération restent travaillistes, l'Ouest et le pourtour conservateur.
Au Pays de Galles, le Labour recule (il passe de 43 à 36,2 % des voix) mais demeure le premier parti en voix comme en sièges (26 sur 40). Les Conservateurs progressent en gagnant 5 sièges tandis que les nationalistes du Plaid Cymru ont un siège de plus et se réjouissent de jouer éventuellement un rôle dans un Parlement où le Premier Ministre pourrait avoir besoin de quelques voix. En Écosse, les Travaillistes progressent et demeurent le premier parti avec 42 % et 41 députés (sur 59), suivis des Lib-Dems avec 11 sièges (pour 18,9 % des voix) et du parti nationaliste, le Scottish National Party (19,9 % des voix mais seulement 6 sièges). Les conservateurs, qui n'avaient obtenu aucun siège en 2005, parviennent à en gagner un mais sont quatrième en nombre de voix (16,7 %).
Le parti Travailliste se maintient donc mieux en Ecosse et au Pays de Galles où le gouvernement de Tony Blair a mis en place une dévolution qui accorde plus de pouvoirs à ces nations formant le Royaume-Uni. Le caractère et l'image un peu trop anglaise du Parti Conservateur expliquent les scores relativement faibles du parti Tory, en particulier en Ecosse.
L'Irlande du Nord est un cas à part. Les principaux partis sont plus ou moins rattachés à une des deux communautés dominante. Chez les catholiques, le Sinn Fein, qui participe au gouvernement de compromis issu des accords de paix, progresse en voix sans gagner de siège supplémentaire (25,5 % et 5 sièges) alors que le SDLP (modéré, proche du Labour) perd des voix sans perdre de sièges (3). Chez les protestants, le Democratic Unionist Party (DUP) , tout en restant le premier parti, perd un siège et non des moindres puisqu'il s'agit de celui de Peter Robinson, Premier Ministre en exercice de la province, en grande difficulté suite à des accusations d'affairisme et aux frasques de sa femme Iris... La donne ne change donc pas fondamentalement, mais des recompositions devraient s'opérer chez les loyalistes protestants.
surtout si elles ont une tradition industrielle (Nord-Est et Nord-Ouest). Le Grand Londres reste majoritairement rouge dans une mer bleue (la carte de la BBC ci-contre est saisissante) même si le Labour perd 6 sièges au profit des Tories. Le centre et l'Est de l'agglomération restent travaillistes, l'Ouest et le pourtour conservateur.Au Pays de Galles, le Labour recule (il passe de 43 à 36,2 % des voix) mais demeure le premier parti en voix comme en sièges (26 sur 40). Les Conservateurs progressent en gagnant 5 sièges tandis que les nationalistes du Plaid Cymru ont un siège de plus et se réjouissent de jouer éventuellement un rôle dans un Parlement où le Premier Ministre pourrait avoir besoin de quelques voix. En Écosse, les Travaillistes progressent et demeurent le premier parti avec 42 % et 41 députés (sur 59), suivis des Lib-Dems avec 11 sièges (pour 18,9 % des voix) et du parti nationaliste, le Scottish National Party (19,9 % des voix mais seulement 6 sièges). Les conservateurs, qui n'avaient obtenu aucun siège en 2005, parviennent à en gagner un mais sont quatrième en nombre de voix (16,7 %).
Le parti Travailliste se maintient donc mieux en Ecosse et au Pays de Galles où le gouvernement de Tony Blair a mis en place une dévolution qui accorde plus de pouvoirs à ces nations formant le Royaume-Uni. Le caractère et l'image un peu trop anglaise du Parti Conservateur expliquent les scores relativement faibles du parti Tory, en particulier en Ecosse.
L'Irlande du Nord est un cas à part. Les principaux partis sont plus ou moins rattachés à une des deux communautés dominante. Chez les catholiques, le Sinn Fein, qui participe au gouvernement de compromis issu des accords de paix, progresse en voix sans gagner de siège supplémentaire (25,5 % et 5 sièges) alors que le SDLP (modéré, proche du Labour) perd des voix sans perdre de sièges (3). Chez les protestants, le Democratic Unionist Party (DUP) , tout en restant le premier parti, perd un siège et non des moindres puisqu'il s'agit de celui de Peter Robinson, Premier Ministre en exercice de la province, en grande difficulté suite à des accusations d'affairisme et aux frasques de sa femme Iris... La donne ne change donc pas fondamentalement, mais des recompositions devraient s'opérer chez les loyalistes protestants.
Quel gouvernement pour le pays ?

Vous n'avez rien compris ? Je résume. Arrivé en tête, Cameron a la légitimité pour former un nouveau gouvernement. Clegg et même Brown, un temps hésitant, sont d'accord là-dessus. Mais si les Conservateurs ne parviennent pas à s'assurer au minimum du soutien sans participation à un gouvernement des Lib-Dems, Cameron devra passer la main. Les négociations ont eu lieu tout le week-end. Elles achoppent notamment sur la réforme électorale dont les Libéraux-Démocrates font une revendication essentielle. Nous avons vu que leur score relativement élevé ne leur permettait pas d'obtenir une proportion équivalente de députés. Avec 23 % des voix, ils n'obtiennent qu'un peu moins de 9 % des sièges à Westminster. Cela est dû au mode de scrutin uninominal majoritaire à un tour. Dans chaque circonsription, le candidat arrivé en tête est élu. Les Lib-Dems obtiennent de bons scores dans tout le pays, mais sont rarement en tête. Si on divise le nombre de députés de chaque parti par le nombre de voix obtenues, on comprend comment ce système favorise le Parti Conservateur et surtout le Parti Travailliste : Un peu plus de 30 000 pour le Labour, près de 40 000 pour les Tories mais plus de 100 000 pour les Lib-Dems....
Les Lib-Dems réclament donc l'instauration d'un nouveau système de vote, basé sur le mode de scrutin à la proportionnelle. Un vote à la proportionnelle intégrale signifierait que chaque parti obtiendrait autant de députés que de pourcentage des voix. Les Conservateurs y sont opposés mais proposent un référendum sur le sujet, les Travaillistes ne sont pas contre une dose de proportionnelle (un peu comme en Allemagne). Pour mieux comprendre ce que cela signifierait concrêtement, voici la répartition des députés selon différents modes de scrutin (pourvu que l'on accepte l'idée que les Britanniques auraient voté de la même manère avec un mode de scrutin différent). La répartition la plus à gauche est celle en vigueur, plus vous allez vers la droite, plus la dose de proportionnelle est forte (je simplifie mais c'est à peu près cela).
[Source. Pour plus de détails sur les systèmes de "votes alternatifs", voyez sur le site du Guardian]Qui va sortir du chapeau ? Difficile de le dire à l'heure qu'il est. Les négociations entre Cameron et Clegg semblent bloquer, en particulier sur la réforme életorale. Les Travaillistes semblent se tenir prêts en vue d'une coalition "arc-en-ciel" qui incluerait le Labour, les LibDems, le SNP, le Plaid Cymru et d'autres députés plus ou moins indépendants, pourquoi pas nord-irlandais. Mais il faut atteindre 326 ! Vous pouvez vous amuser à composer votre propre coalition, voir ce que cela donnerait au Parlement où la disposition des lieux est différente de notre hémicycle. Ce pourrait finalement être un quatrième homme, un travailliste. Gordon Brown semble avoir compris qu'il n'avait plus d'avenir au 10, Downing Street. Il a annoncé qu'il renonçait à diriger le Parti Travailliste tout en restant Premier Ministre jusqu'à ce qu'une solution soit trouvée. Cela ouvre la voie à un accord avec les Libéraux-Démocrates qui pourraient participer à un gouvernement dirigé par une autre figure travailliste. Dans chacun des trois partis, les tensions commencent à apparaître entre ceux qui campent sur leur programme et ceux qui sont prêts à transiger en vue d'un compromis.
Les discussions devront être terminées au plus tard le 25 mai. Terminons en précisant qu'en 1974, Harold Wilson avait finalement dirigé un gouvernement minoritaire et avait convoqué de nouvelles élections au bout de quelques mois pour l'emporter de 3 sièges...
Post Scriptum : Gordon Brown a finalement démissionné. David Cameron entre au 10, Downing Street, ayant réussi à former une coalition avec les Libéraux-Démocrates de Nick Clegg. C'est le premier gouvernement de coalition depuis 1945.
Les discussions devront être terminées au plus tard le 25 mai. Terminons en précisant qu'en 1974, Harold Wilson avait finalement dirigé un gouvernement minoritaire et avait convoqué de nouvelles élections au bout de quelques mois pour l'emporter de 3 sièges...
Post Scriptum : Gordon Brown a finalement démissionné. David Cameron entre au 10, Downing Street, ayant réussi à former une coalition avec les Libéraux-Démocrates de Nick Clegg. C'est le premier gouvernement de coalition depuis 1945.
- Dans les "coulisses du pouvoir" au Royaume-Uni Retour sur la campagne des élections générales de 2010
- A quoi sert le Parlement ? L'exemple britannique
- Un disque par sa pochette : Midlife, un kaleidoscope des années Blair ou années Blur
- Les précédents hung parliaments (in english). Le site du Guardian, très utile pour suivre l'actualité politique du Royaume-Uni.
- Le site de la BBC qui m'a été indispensable pour étudier plus en détail les résultats.








2 commentaires:
C'est ce qui s'appelle un coup de maître...
Pour nous qui suivons le parcours cahotique de l'Irlande, il s'est passé quelque chose d'intéressant lors des élections générales. Belfast est tombé aux mains d'un député du parti alliance, c'est à dire un député non sectaire...cela pourrait ouvrir des perspectives.
Ah, cette Mrs Robinson...
Tu as raison, il y a peut être un peu de changement en perspective.
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