Harlem : du ghetto noir au quartier multiethnique
Depuis plus d'un siècle, Harlem est un peu la capitale de l'Amérique noire. Pôle culturel de la communauté afro-américaine (Apollo Theater, Marcus Garvey, Jazz, Abyssynian Baptist Church,...), le quartier situé au nord de Manhattan, au Sud du Bronx, n'a pas toujours eu une majorité d'habitants noirs. Au début du XXème siècle, sa population est même quasiment entièrement blanche. Avec les grandes migrations des noirs du Sud vers les grandes villes industrielles du Nord (Chicago, New York, Detroit) dans les premières décennies du siècle, la composition d'Harlem va très rapidement changer. Harlem fait partie des quartiers péricentraux qui accueillent la plupart des Afro-Américains, comme le South Side et le West Side à Chicago.
Dans la plupart des quartiers, au-delà de 10% de population noire, les blancs partent. Ils vont s'installer plus loin, dans les balnieues en plein développement. Ces quartiers péricentraux concentrent dès lors les populations les plus pauvres et deviennent des ghettos pour les noirs. A Harlem, les noirs dépassent les blancs dans les années 1940 et la tendance se poursuit jusque dans les années 1970.Dans ces années, New York est en faillite, les quartiers sont à l'abandon, la crise économique bat son plein et la municipalité a laissé partir les ménages les plus aisés vers les banlieues. Dès qu'une famille voit son niveau de vie s'élever, elle quitte le ghetto vers des banlieues à leur tour désertées par les blancs (voir à ce sujet ce qui se passe sur Long Island). Harlem perd donc des habitants, près de la moitié. Violence et criminalité se développent sur fond de crack, comme dans le Bronx voisin.
Immigration et gentrification ont depuis modifié la donne à Harlem avec l'arrivée de nouveaux migrants et les processus de requalification urbaine engagés par des promoteurs privés ou la municipalité. Au début des années 2000, Harlem a donc cessé d'être un quartier majoritairement noir. La minorité noire reste la plus nombreuse mais doit également compter avec des Asiatiques, des Hispaniques et des blancs non-hispaniques qui sont de retour.
Immigration et gentrification ont depuis modifié la donne à Harlem avec l'arrivée de nouveaux migrants et les processus de requalification urbaine engagés par des promoteurs privés ou la municipalité. Au début des années 2000, Harlem a donc cessé d'être un quartier majoritairement noir. La minorité noire reste la plus nombreuse mais doit également compter avec des Asiatiques, des Hispaniques et des blancs non-hispaniques qui sont de retour.Enjeu majeur pour Harlem : le quartier peut-il maintenir son identité et permettre à ceux qui y vivaient de continuer à y vivre malgré l'augmentation du coût de la vie et du logement? Les habitants sont partagés.
Pour "rassurer" ceux qui voient d'un mauvais oeil cette transition, rappelons que New York reste, avec Chicago, l'une des grandes villes où ma mixité ethnique est la moins forte. Un indice de "dissimilarité" permet de mesurer la proportion de personnes qui devraient déménager pour habiter un quartier mixte. Ainsi en 2000, 85,3 % de noirs devraient déménager pour habiter un quartier mixte (87,3% à Chicago)....
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Sources :
- Sam Roberts, "No Longer Majority Black, Harlem Is In Transition", New York Times, 6 janvier 2009.
- Andrew Beveridge, "Harlem Shifting Population", Gothamgazette, août 2008.
- Renaud Le Goix, Atlas de New York, Autrement, 2009
[Graphique réalisé grâce aux précieux conseils de Yas, saha !]







4 commentaires:
J'étais très curieuse de voir si cette fameuse gentrification se voyait à l'oeil nu dans les rues de Harlem...si bien que j'ai emprunté le même itinéraire que celui identifié p 49 de l'Atalas de renaud le Groix. Je dois dire que ce n'est pas flagrant et qu'entre le 125 et 135ème rue, on est vraiment dans un quartier noir, aucun doute. Et encore assez déclassé de surcroît même si quelques boutiques de fringues très "bling bling" tentent de faire illusion, toujours sur la 125°rue.
C'est sans doute la partie qui touche Central Park qui est affectée par la gentrification (entre la 116°et la 125°); il reste cependant, à lire le paysage, une curieuse impression de "c'était sans doute pire avant", assez indescriptible.
Merci beaucoup pour ton éclairage.
Ce doit être un processus lent et chaotique. La crise a sûrement joué un rôle de paupérisation.
Sans doute que le temps sera long avant que tout le quartier soit irrigué par la revivification, mais n'est-ce pas finalement une procédure de ravalement de façade qui ne change pas profondément les problèmes quotidiens des gens. On sait aussi que la gentrification contribue à éloigner les plus pauvres du quartier et des abords du centre ville.
Par contre, on sent qu'il y a beaucoup de démarches pour mettre en valeur l'identité et l'histoire des noirs à Harlem. On te vend dans la rue des DVD qui retracent la lutte des noirs pour les droits civiques, et puis il y a des lieux d'étude et de conservation de la culture noire comme le Schomburg center ou le studio Harlem.
Tout ça donne une curieuse impression, vraisemblablement parce que le quartier se trouve dans un moment d'entre deux, de mutation qui rend les choses incertaines.
C'est tout l'enjeu : rénover et conserver l'identité du quartier sans faire partir ceux qui l'ont forgée.
En tout cas, tu nous donnes envie d'y aller. Pour cette année, on va se contenter de Saint-Dié....
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