Les métastases du génocide de 1994 à aujourd'hui
La difficile justiceLe tribunal pénal international créé pour juger les principaux responsables du génocide au Rwanda a, comme son prédécesseur en Yougoslavie, eu du mal à mener à bien son travail. En décembre 2008, le TPIR basé à Arusha (Tanzanie) a néanmoins rendu l'une de ses décisions les plus importantes en condamnant
Téhoneste Bagosora (ci-contre au TPIR) à la
prison à vie pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre.
En 1994, Bagosora est directeur de cabinet au ministère de la défense du Rwanda. Il est condamné pour être parmi ceux qui ont organisé les premiers massacres, notamment celui de l'ancien Première Ministre
Agathe Uwilingiyimana, hutue modérée, considérée comme un obstacle aux projets génocidaires du "Hutu Power" contre les tutsis et celui de 10 casques bleus belges.
Déception cependant, les juges n'ont pas retenu l'accusation "d'entente en vue de commettre un génocide" à l'encontre de Bagosora et des autres accusés, laissant ainsi de côté l'un des aspects essentiels des évènements d'avril 1994. [Ma
source principale]
Les guerres du Congo, conséquences de 1994La situation politique au Rwanda s'est beaucoup améliorée depuis 1994 même si le régime de Paul Kagamé est parfois accusé d'autoritarisme. En revanche la
République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) n'en finit pas de souffrir des suites des évènements de 1994. Quelques explications :
La plupart des génocidaires (notamment certains
Interahamwe) a réussi à s'enfuir dans le pays voisin, fuite sans doute facilitée par l'opération humanitaire Turquoise menée par les militaires français en juin 1994 au Rwanda. Dès lors, le nouveau régime rwandais n'a eu de cesse de traquer les hutus congolais. Pour ce faire, le FPR de Kagamé n'a pas hésité à plusieurs reprises à aider des rebelles congolais, le plus souvent tutsis (des tutsis, les Banyamulenge, sont installés depuis longtemps dans l'est du Congo). En 1996, c'est ainsi que le mouvement de
Laurent-Désiré Kabila réussit en quelques mois une percée spectaculaire qui le conduit jusqu'à Kinshasa la capitale. Au passage, de nombreux hutus sont massacrés par les troupes rwandaises qui portent
Kabila au pouvoir en mai 1997 à la place du vieux Mobutu qui s'enfuit. Le Zaïre redevient la République démocratique du Congo.

Mais Kabila trouve rapidement ses parrains encombrants et rompt avec eux en 1998 en renvoyant son chef-d'état major, le Rwandais James Kabarebe. La guerre reprend donc dans l'est du Congo. Cette guerre prend une dimension continentale avec l'intervention de troupes ougandaises et rwandaises d'un côté, zimbabwéennes, tchadiennes, namibiennes et angolaises derrière Kabila. Alliés d'hier, Ougandais et Rwandais finissent même par s'affronter en 1999 autour de Kisangani, semble-t-il pour le partage des richesses. Il faut dire que
le Congo regorge de ressources naturelles dont l'occident, et pourquoi pas la Chine, ont grand besoin : Zinc, diamants, Cobalt et Colombo-Tantalite (ou Coltan, utilisé dans les téléphhones portables). C'est l'atout du pays et son plus grand drame.... Le pays est alors coupé en trois : Au Nord, une zone contrôlée par l'Ouganda et les mouvements rebelles qu'il aide, à l'Est, le territoire contrôlé par le Rwanda et à l'Ouest, la zone contrôlée par le gouvernement.
[La RDC en 2003,Wikipedia]
Kabila est assassiné en janvier 2001 dans des conditions encore non éclaircies. Son "fils" Joseph lui succède alors (Laurent-Désiré et Joseph Kabila en photo ci-dessus). Après quelques années au cours desquelles la guerre se poursuit, notamment avec Jean-Pierre Bemba, au nord la paix est signée en 2002.
Plus de 4 millions de personnes ont perdu la vie, directement ou indirectement (maladies, malnutrition) dans ce conflit. A partir de 2003, une transition et un processus démocratique sont mis en oeuvre qui aboutissent à l'élection de
Joseph Kabila en 2006. Les différentes milices doivent s'intégrer à l'armée nationales.

Mais la guerre n'a pas complètement disparu dans l'est du pays, notamment en Ituri où intervient une force européenne en 2003 (Opération Artémis). Au
Kivu, province limitrophe du Rwanda, le général
Laurent Nkunda (photo ci-contre), un tutsi congolais, refuse de reconnaître le gouvernement de Kabila et, soutenu par le Rwanda, entretient des troubles dans l'Est. Accusé de nombreux crimes de guerre, notamment contre les civils, il vient finalement d'être lâché par son ancien allié rwandais dans un retournement spectaculaire. Il amême été arrêté au Rwanda et pourrait être extradé à Kinshasa....
Les gouvernements congolais et rwandais se sont en effet mis d'acccord pour que des troupes rwandaises puissent travailler avec les troupes congolaises pour lutter efficacement contre ce qui reste desgénocidaires de 1994 (les forces démocratiques de libération du Rwanda).
C'est un changement considérable qui pourrait signifier la fin d'une décennie d'affrontements dont les premières victimes ont été les populations civiles.
La même stratégie semble fonctionner avec l'ancien ennemi ougandais puisqu'avec l'accord de Kabila, des troupes ougandaises vont pouvoir poursuivre le mouvement rebelle de la Lord Resistance Army (Armée de résistance du Seigneur du sanglant et illuminé Joseph Kony) qui
a massacré de nombreux civils en décembre.
Un semblant d'espoir est donc permis puisque les Etats voisins choisissent apparemment de travailler ensemble plutôt que d'entretenir des mouvements rebelles chez leurs voisins.
Pour remonter plus loin dans le temps et en apprendre plus sur l'histoire du Congo en musique, voici plusieurs articles écrits par Julien Blottière ou moi-même sur l'
histgeobox :
Du Congo au Zaïre de Mobutu et retour....