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21 octobre 2008

L'élection présidentielle du 4 novembre : 2 questions et des chansons


Y aura-t-il un effet Bradley ?

En 1982 et en 1986, Tom Bradley, un Afro-Américain maire de Los Angeles, est candidat au poste de gouverneur de l'Etat de Californie. Les sondages le donnent gagnant. Il est finalement battu. La conclusion des chercheurs en sciences politiques : de nombreux blancs ont menti aux sondeurs pour ne pas paraître raciste, mais dans le secret de l'isoloir ont finalement voté pour un blanc. Ainsi naissait le fameux "effet Bradley". La même mésaventure arrive ensuite à Harold Washington, candidat à la mairie de Chicago en 1983, à David Dinkins candidat à la mairie de New York et à L. Douglas Wilder candidat au poste de gouverneur de Virginie en 1989. Cette mésaventure peut-elle arriver à Barack Obama ? Oui et non disent les spécialistes. Avec le temps, ce fameux effet semble s'estomper, voire même s'inverser dans certains Etats. D'après les recherches les plus récentes lors des primaires démocrates du début de l'année, cet effet joue moins dans les Etats du Sud où le fait de ne pas souhaiter voter pour un noir apparaît sans doute moins choquant dans l'opinion majoritaire que dans les Etats du Nord où cela est plus difficile à assumer publiquement. Quoi qu'il en soit, la participation plus élevée des Afro-américains et les progrès de la société américaine vers plus de tolérance annoncent sans doute un "effet Obama" à même d'annuler tout "effet Bradley".


De quel côté l'Ohio va-t-il pencher ?

Si je pose cette question, c'est parce qu'au XXème siècle, l'État a toujours penché du côté du vainqueur, à l'exception de 1944 et de 1960.

A bien des égards en effet, l'État est un reflet de la situation actuelle des États-Unis et des états d'esprit de ses habitants.

Contrairement au Michigan, État considéré comme "perdu" par Mc Cain et donc abandonné à Barack Obama, l'Ohio est, depuis longtemps, l'objet de toutes les attentions. La particularité du mode de scrutin fait que les candidats concentrent leurs efforts dans quelques États considérés comme "gagnables" que les Américains appellent des swing states donc des États pouvant basculer. Il en est ainsi actuellement de la Floride, du Missouri, de l'Indiana ou encore du Nevada (l'élection se gagne plus par Etat que nationalement). Voyez la carte des Etats les plus disputés.

L'Ohio réunit des régions très différentes. La crise immobilière y a fait des ravages. La désindustrialisation y a été ici plus durement ressentie qu'ailleurs. Le Nord-Est de l'État était un des berceaux de la sidérurgie autour de Cleveland et Youngstown, comme dans la Pennsylvanie voisine (Pittsburgh, Bethleem, Allentown,...). Le taux de chômage est de 7.4 % (un record depuis 16 ans et le 6ème rang dans tout le pays) ce qui représente 500 000 personnes. L'industrie y a ainsi perdu 758 000 emplois en 10 ans.

L'économie est donc un des enjeux principaux de cette élection et fait plutôt pencher la balance en faveur d'Obama, comme elle le faisait avec Kery en 2004. Le candidat démocrate avait essentiellement porté son effort sur les grands centres urbains (Cleveland, Colombus, Toledo, Akron) délaissant les zones moins densément peuplées avec le succès que l'on sait... En menant une campagne de terrain (grass-roots) sur les valeurs conservatrices, Bush avait su séduire l'électorat blanc conservateur des comtés les moins peuplés et l'avait emporté dans l'État avec 118 000 voix d'avance. Cette année, les démocrates ont, semble-t-il, retenu la leçon et Obama bénéficie de comités de soutiens dans la plupart des comtés, y compris les moins peuplés. Autrement dit, si le maillage serré du territoire par les conservateurs avaient permis leurs succès comme le montre l'ouvrage de Romain Huret (en savoir plus ici), l'utilisation d'internet a permis à Obama de mobiliser beaucoup de monde. Si le vote des jeunes, des indépendants et des noirs semble donc acquis à Obama dans les grandes villes, le candidat démocrate devrait, même s'il n'y est pas majoritaire, faire mieux que Kerry dans les petits comtés, qu'ils soient ruraux ou périurbains, ce qui devrait lui permettre d'emporter les 20 grands électeurs de l'Ohio.

Comme promis, des chansons pour finir. L'Ohio inspire en effet les chanteurs. Isabelle Adjani a fait une chanson dont nous parle Julien Blottière sur l'histgeobox. Bruce Springsteen en a écrit une sur la ville de Youngstown, je vous en parle sur l'histegobox avec une chanson de Billy Joël qui lui ressemble un peu sur le fond. Enfin, Neil Young a consacré une chanson à la mort de quatre étudiants tués par la police sur le campus de Kent State dans l'Ohio en 1970, au terme d'une décennie de contestation. Je vous en parle plus longuement sur l'histgebox, mais voici la chanson.




Retrouvez le dossier sur l'élection présidentielle américaine d'hier à aujourd'hui avec tous les articles sur la campagne de 2008.

[Tom Bradley en 1973, source; carte de l'Ohio, source]

Perles : chacun son tour...


Pour vous parler ici régulièrement des perles trouvées dans les copies du bac, je ne peux décemment pas faire comme si je n'en disais pas moi-même de temps en temps :

J'ai donc parlé cette semaine du culte de la personnalité sous Staline et du fait que des portraits du "Petit père des peuples" étaient placés partout, y compris à la radio...

Heureusement, mes élèves de terminale, toujours attentifs, n'ont pas laissé passer cette remarque !

Allez, c'est l'occasion d'apprendre ce qu'il ne faut pas dire en revoyant les perles de 2008, 2007, 2006 et 2005.

Voici pour poursuivre dans l'humour deux exemples de blagues qui se racontaient, sous le manteau évidemment, à l'époque communiste :

"Un prisonnier envoyé au goulag vient d’arriver : «Tu as pris combien ?», lui demande un autre. «25 ans», dit le premier. «- Et pourquoi es-tu ici ? - Je ne sais pas, je n’ai rien fait !». «Menteur, lui dit l’autre. Quand on a rien fait, c’est dix ans»."

"Au cours d'une réunion politique, Staline prend la parole pour un discours fleuve. Il parle, il parle, il parle. Soudain, un violent éternuement rompt le fil de son discours. Staline lève la tête et demande :
- Qui a éternué?
Seul un silence terrifié lui répond. Staline repose sa question. Nouveau silence.
- Gardes, fusillez le premier rang, rugit Staline.
Aussitôt dit, aussitôt fait. De nouveau, Staline veut savoir qui a éternué, mais personne ne répond.
- Gardes, fusillez le second rang, ordonne Staline.
Le second rang liquidé, Staline pose encore une fois sa question, et un homme sort du troisième rang et dit :
- C'est moi, camarade.
- A tes souhaits, camarade, répond Staline avant de reprendre son discours."


D'autres blagues sur ce site où dans ce livre à paraître : Amandine Regamey, Prolétaires de tous les pays, excusez-moi ! Dérision et politique dans le monde soviétique, Buchet-Chastel.

20 octobre 2008

Nina Simone, Adjani, Béranger et Souchon


Sur l'histgeobox cette semaine, Julien Blottière nous parle de la lutte des Afro-Américains pour leur émancipation à travers la chanson de Nina Simone, d'une chanson d'Isabelle Adjani comme moyen de progresser dans la géographie des États-Unis, du Printemps de Prague grâce à François Béranger et des parchutes dorés avec Alain Souchon :

19 octobre 2008

Les battements de coeur de Nneka à Nancy...


Petit cadeau pour finir le week-end, la chanson "Heartbeat" de la chanteuse nigériane Nneka enregistrée par mes soins au NJP.

16 octobre 2008

Choix et soutiens musicaux d'Obama et .... McCain


Sur Lire-écouter-voir, Julien Blottière nous parle des choix et soutiens musicaux de Barack Obama et John McCain (avec de nombreuses sélections musicales).
Et si la musique en disait beaucoup sur la personnalité des candidats...

Allons enfants...


Que penser du sujet qui a pris subitement une importance considérable : les sifflets lors de la Marseillaise ?
J'aime assez peu lorsque je vais au stade que l'on siffle l'adversaire ou l'arbitre ou les supporters adverses ou l'hymne d'un pays fût-il le mien...
Je goûte encore moins que les politiques s'emparent de l'affaire et s'efforcent d'édicter des règles inapplicables et démagogiques. Une fois encore, on préfère s'attaquer de manière spectaculaire aux effets d'un malaise identitaire qu'à ses causes.

Voici une très bonne analyse de la situation faite par un éducateur de rue interrogé par Libé :

«En sifflant la Marseillaise, ce ne sont pas les Français, ni l’histoire de France que ces jeunes visent mais l’Etat français. J’insiste sur la différence. En agissant ainsi, ces jeunes savent qu’ils vont faire mal aux représentants des institutions. C’est leur violence contre la violence dont ils estiment être victimes. Dans leur esprit, la Marseillaise est la représentation de cet Etat qui, à leurs yeux, ne les a jamais considérés comme français et qui fait voter des lois qui accentuent les différences avec l’étranger.

«D’une manière très symbolique, ces jeunes disent : "La France ne veut pas de nous, on ne veut pas d’elle." En même temps, ils sont conscients que lorsqu’ils vont dans le pays de leurs origines familiales, ils ne seront jamais considérés comme tunisien, algérien ou marocain. Mais en brandissant les drapeaux de ces pays lors d’un match de foot, ils s’accordent une identité. C’est pour eux une façon de dire : "Nous sommes français sans renier la culture et le pays dont nous sommes issus."

Pour autant, huer la Marseillaise n’est pas la bonne réponse. Ces jeunes ne seront pas entendus. Au contraire, ça va leur nuire davantage avec un président de la République qui s’engouffre dans la polémique et provoque une diversion nationaliste en pleine crise économique.»


Donnez votre avis en commentaire à ce message.

Pour terminer, je pense que si l'on n'est pas capable d'arrêter un match lorsqu'un joueur est victime de racisme, cela me semble difficile de le faire pour le non-respect d'un hymne national

Deux chansons pour comprendre et dépassionner, "Jeunesse France" de Psy 4 de la Rime qui commence par un sample de... La Marseillaise et "Quitte à t'aimer" d'Hocus Pocus dont je vous parle plus longuement sur l'histgeobox :


Découvrez Psy 4 de la Rime!



Découvrez Hocus Pocus!


P.S. : Dans les mois qui viennent, nous avons décidé de vous parler de l'histoire des hymnes de quelques pays. C'est à suivre sur l'histgeobox. En attendant, intéressez-vous aux hymnes détournés : quatre exemples étudiés par J. Blottière sur Lire-écouter-voir (Hendrix, Matoub, Gainsbourg et les Sex Pistols).

14 octobre 2008

Keny Arkana : Une critique virulente de la mondialisation libérale

Nous avons parlé en cours de l'altermondialisme et de la rappeuse marseillaise d'origine argentine Keny Arkana qui en est une des représentantes musicales. Je vous propose de découvrir sur l'histgeobox deux de ses titres qui sont des critiques très virulentes de la mondialisation libérale :

54. "Ordre mondial"
18. "Victoria" sur les conséquences sociales de la crise financière en Argentine

Sur l'histgeobox, retrouvez le sommaire complet des musiques pour approfondir le programme de géographie et celui d'histoire.


08 octobre 2008

Nihil novi sub soli...

Rien de nouveau sous le soleil ? Petit retour en arrière. Nous sommes en 33, Tibère est Empereur.

XVI. Cependant une légion d'accusateurs se déchaîna contre ceux qui s'enrichissaient par l'usure, au mépris d'une loi du dictateur César sur la proportion des créances et des possessions en Italie , loi depuis longtemps mise en oubli par l'intérêt particulier, auquel le bien public est toujours sacrifié. L'usure fut de tout temps le fléau de cette ville, et une cause sans cesse renaissante de discordes et de séditions. Aussi, même dans des siècles où les mœurs étaient moins corrompues, on s'occupa de la combattre. Les Douze Tables réduisirent d'abord à un pour cent l'intérêt, qui, auparavant, n'avait de bornes que la cupidité des riches. Ensuite un tribun le fit encore diminuer de moitié ; enfin on défendit tout prêt à usure, et de nombreux plébiscites furent rendus pour prévenir les fraudes de l'avarice, qui, tant de fois réprimées, se reproduisaient avec une merveilleuse adresse. Le préteur Gracchus, devant qui se faisaient les poursuites dont nous parlons ici, fut effrayé du grand nombre des accusés et consulta le sénat. Les sénateurs alarmés (car pas un ne se sentait irréprochable) demandèrent grâce au prince. Leur prière fut entendue, et dix-huit mois furent donnés à chacun pour régler ses affaires domestiques comme la loi l'exigeait.


XVII. Des remboursements qui remuaient à la fois toutes les dettes, et la perte des biens de tant de condamnés, qui accumulait dans le fisc ou dans l'épargne les espèces monnayées, rendirent l'argent rare. Ajoutez un décret du sénat qui enjoignait aux prêteurs de placer en biens-fonds situés dans l'Italie les deux tiers de leurs créances. Or ceux-ci les exigeaient en entier ; et les débiteurs, requis de payer, ne pouvaient sans honte rester au-dessous de leurs engagements. En vain ils courent, ils sollicitent ; le tribunal du préteur retentit bientôt de demandes. Les ventes et les achats, où l'on avait cru trouver un remède, augmentèrent le mal. Plus d'emprunts possibles ; les riches serraient leur argent pour acheter des terres. La multitude des ventes en fit tomber le prix ; et plus on était obéré, plus on avait de peine à trouver des acheteurs. Beaucoup de fortunes étaient renversées, et la perte des biens entraînait celle du rang et de la réputation. Enfin Tibère soulagea cette détresse en faisant un fonds de cent millions de sesterces, sur lesquels l'État prêtait sans intérêt, pendant trois ans, à condition que le débiteur donnerait une caution en biens-fonds du double de la somme empruntée. Ainsi l’on vit renaître le crédit, et peu à peu les particuliers même prêtèrent. Quant aux achats de biens, on ne s’en tint pas à la rigueur du sénatus-consulte ; et c'est le sort de toutes les réformes, sévères au commencement, à la fin négligées.

Tacite, Annales, Livre VI

[Merci à Baba pour la trouvaille et à Karim pour l'image]

Goddly Rap : Rap divin ou Baratin sur Dieu ?


La religion est un thème très courant dans le rap des deux côtés de l'Atlantique. Aux États-Unis, de nombreux rappeurs se reconnaissent dans la Nation of Islam, mais il y a aussi du rap chrétien. En France, l'Islam semble également dominer dans le rap, mais chacun rappe ses propres convictions qui ne cadrent pas toujours avec une doctrine bien définie. Les sensibilités sont donc diverses.

Les Gouttes de Dieu : Des effets d'un manga sur la consommation de vin...

Depuis 2005, les Japonais et les Coréens n'ignorent plus rien de l'univers du vin français grâce à un manga : Les Gouttes de Dieu. Quinze tomes sont déjà publiés en Asie, chacun a été vendu à plus d'1,5 millions d'exemplaires !

Lire la suite de l'article sur Lire-écouter-voir


Des Atlas pour comprendre le monde (1)


07 octobre 2008

Sélection télé (7 au 17 octobre)


Retrouvez la sélection télé de ces dix prochains jours sur Lire-écouter-voir. Beaucoup de films et d'émissions en lien avec votre programme. A suivre notamment la programmation spéciale d'Arte sur les États-Unis. Vous pourrez ainsi voir ou revoir le film Les Hommes du Président qui retrace comment Carl Berstein et Bob Woodward, journalistes au Washington Post, ont révélé le scandale du Watergate, conduisant à la démission de Richard Nixon en 1974.

02 octobre 2008

Les conservateurs américains se mobilisent


Un des enjeux de l'élection présidentielle de 2008 est le poids du vote conservateur. Pour mieux comprendre les raisons des succès récents du conservatisme, je vous invite à lire le compte-rendu de l'ouvrage dirigé par Romain Huret qui a bien voulu répondre à quelques questions pour Lire-écouter-voir.




01 octobre 2008

Nous, enfants de la tradition


Les transferts financiers des migrants constituent un des mouvements de redistribution des richesses les plus importants dans le monde contemporain. Leur montant était estimé en 2003 à 200 milliards de $, chiffre en constante augmentation puisqu'il n'était que de 3 milliards en 1970, 35 en 1980 et 70 au début des années 1990. Il a donc triplé depuis cette période...

Mais quelle réalité humaine se cache derrière ses transferts financiers ?

Le dernier roman de Gaston Paul Effa décrit le parcours d'un de ces migrants. Il a bien voulu nous accorder un entretien-vidéo. Vous pouvez le regarder ici et en apprendre plus sur la géographie de ces flux financiers.



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